Chemins français de Compostelle
DROSTE (Thorsten)
59.90 €
Epuisé
Tous les chemins de France mènent à Compostelle : au point que la route qui traverse le Nord de l'Espagne, de Pampelune à la Galice, fut baptisée Camino francés et que la coquille, emblème du saint, fut interprétée comme une représentation symbolique du royaume de France où toutes les routes de pèlerinage convergeaient vers un point unique. De fait, les quatre axes majeurs décrits par le Liber Sancti Jacobi (milieu du XIIe siècle) sont doublés de multiples chemins de substitution ou de traverse et le réseau se ramifie à l'infini. La Via Touronensis, "chemin de Tours", partait de Saint-Denis et gagnait les Pyrénées par Tours, Poitiers, Aulnay, Saintes et Bordeaux. La Via Lemovicensis, chemin de Vézelay, traversait le Berry puis le Limousin (et sa capitale éponyme) et rejoignait la précédente à Saint-Palais, en Pays basque. Non loin de là, à Ostabat, elles rencontraient la Via Podiensis, le "chemin du Puy", pour une fois bien nommé, qui, du Puy-en-Velay, traversait les Cévennes, le Quercy et la Gascogne. Excentrée, la Via Tolosana, avait son origine en Arles et à Saint-Gilles, parcourant d'est en ouest la Provence, le Languedoc, Toulouse, la Gascogne et le Béarn pour franchir les Pyrénées, non par le col de Roncevaux, comme les trois autres, mais par celui du Somport, en direction de Jaca. Il y avait aussi la route des Pyrénées : elle quittait la précédente à Saint-Guilhem-du-Désert et la longeait par Foix, Carcassonne, Saint-Bertrand-de-Comminges, avant de la retrouver à Oloron ; et en outre, le chemin de l'Atlantique, cher aux Anglais, qui débarquaient dans l'estuaire de la Gironde et gagnaient Bayonne en suivant la côte ; et encore, la dérivation de la Touronensis, par Angoulême ; ou les routes transversales joignant Podiensis à Lemovicensis par Rocamadour et Agen, à Tolosana par Rodez et Albi.
Ce labyrinthe de la foi, mis en place par les moines de Cluny et de Moissac, coïncide avec le glorieux essor de l'art roman. Le pèlerinage crée son propre style d'églises, étranger, paradoxalement, à l'architecture de Cluny : il se caractérise par sa verticalité, l'éclairage indirect donné par les galeries surplombant les bas-côtés en voûtes d'arêtes, les transepts en triple nef, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes du choeur. Saint-Sernin de Toulouse, Sainte-Foy de Conques sont les archétypes de ce style français. avec Saint-Jacques de Compostelle. On en retrouve de multiples variantes, modulées par la diversité des styles régionaux : bourguignon, poitevin, provençal, berrichon, languedocien ou aquitain.
L'auteur analyse en détail et "pas à pas", la richesse architecturale et ornementale léguée par le grand élan du pèlerinage et il inclut les monuments civils qui s'y réfèrent, ponts, hospices, portes et forteresses. À côté des chefs- d'oeuvre universellement admirés, Vézelay, Conques, Moissac, Saint-Guilhem, Saint-Trophime, Notre-Dame-la Grande, à Poitiers, Saint-Pierre d'Aulnay, Saint-Sernin, Saint-Bertrand-de-Comminges ou Sainte-Marie d'Oloron, la surprise la plus heureuse pour le lecteur est d'y voir le traitement privilégié justement accordé à des sites peut-être moins célèbres, qu'il découvrira ou retrouvera : tels la crypte d'Hagetmau, l'église de l'Hôpital-Saint-Blaise, la rotonde de Neuvy-Saint-Sépulcre, en Berry ou le somptueux portail de Fenioux, en Saintonge.