Les nazaréens français. Théorie et pratique de la peinture religieuse au XIXe siècle
CAFFORT (Michel)
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Nazaréens? Le terme de Nasarener apparaît pour la première fois, à l'écrit, en 1816~1817. Il désigne alors, sur le mode ironique, une colonie de jeunes peintres allemands (ou de culture germanique) installés à cette époque à Rome et aisément reconnaissables à leur aspect extérieur : à leur façon, plus particulièrement, de porter les cheveux, selon l'expression populaire italienne, alla nazarena, c'est-à-dire, à l'exemple traditionnel du Christ (mais aussi de Raphaël et de Dürer), longs jusqu'à l'épaule et divisés au milieu par une raie. Ce qui, plus sérieusement, nous renvoie à une réalité d'ordre organisationnel : la Confrérie de saint Luc (Lukasbund) fondée à Vienne, le 10 juillet 1809, autour du Lübeckois Johann Friedrich Overbeck (1789-1869) et du Francfortais Franz Pforr (1786.1812), transférée à Rome à l'été 1810 et par la suite (après sa dissolution de 1818) appelée à se transformer dans les années 1840 en une emblématique "école de l'art chrétien" honorant en Overbeck son "prince ".
Une école donc, ou plutôt, en toute rigueur, un mouvement rassemblant ainsi, et au-delà de leurs particularités respectives, toute une pléiade de disciples, amis et compagnons d'armes lui conférant cette dimension internationale dont on voit mal comment (et pourquoi) la France se serait tenue à l'écart. Le fait est que, comme nombre de ses voisins européens, notre pays a aussi possédé, après 1830, de l'aveu même de Claudius Lavergne (qui fut un des leurs et non des moindres), "une tribu de Nazaréen".
André-Jacques-Victor Orsel, Alponse-Henri Périn, Adolphe Roger, Émile Signol, Jean-Louis Bézard, Eugène-Emmanuel Amaury-Duval, Claudius Lavergne, Louis-Joseph Hallez, Louis-Charles-Marie de Bodin, comte de Montalembert incarnent en effet, parmi d'autres, cette ambition des lendemains de Juillet qu'il s'agit ici de prendre au sérieux et à laquelle il convient, n'en déplaise à une certaine routine historiographique, de redonner toute son importance. Celle d'un renouveau embrassant trois domaines, étroitement dépendants les uns des autres, mais que par souci de clarté pédagogique, nous étudierons séparément et successivement : la théorie esthétique (un art pour Dieu et pour le peuple), l'activité picturale proprement dite (les questions de style et d'iconographie) et, sur le plan spirituel, la "révolution miséricordieuse" qu'elles ont eu à cœur d'accompagner et exprimer.   

Auteur d'une quinzaine d'articles sur la peinture religieuse en France au XIXe siècle, Michel Caffort est maître de conférences en histoire de l'art à l'université d'Angers.