L´esprit de la philosophie médiévale
GILSON (Etienne)
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Essayer de dégager l'esprit de la philosophie médiévale c'était se condamner à fournir la preuve de son existence ou à avouer qu'elle n'a jamais existé. C'est en cherchant à la définir dans son essence propre que je me suis vu conduit à la présenter comme la "philosophie chrétienne" par excellence. [.] Il se trouve donc que cet ouvrage converge vers cette conclusion, que le moyen âge a produit, outre une littérature chrétienne et un art chrétien, ce que l'on savait assez, une philosophie chrétienne, ce dont on dispute.
Il ne s'agit pas de soutenir qu'il a créé cette philosophie de rien, pas plus qu'il n'a tiré du néant son art et sa littérature. La seule question qu'il s'agisse d'examiner est de savoir si la notion de philosophie chrétienne a un sens, et si la philosophie médiévale, considérée dans ses représentants les plus qualifiés, n'en serait pas précisément l'expression historique la plus à adéquate. L'esprit de la philosophie médiévale, tel qu'on l'entend ici, c'est donc l'esprit chrétien, pénétrant la tradition grecque, la travaillant du dedans et lui faisant produire une vue du monde, une Weltanschauung spécifiquement chrétienne.
Il a fallu des temples grecs et des basiliques romaines pour qu'il y eût des cathédrales ; pourtant, quelle que soit la dette de nos architectes médiévaux à l'égard de leurs prédécesseurs, ils s'en distinguent, et l'esprit nouveau qui leur a permis de créer est peut-être le même que celui dont se sont inspirés avec eux les philosophes de leur temps. Pour savoir ce qu'il peut y avoir de vrai dans cette hypothèse, la seule méthode à suivre était de montrer la pensée médiévale à l'état naissant, au point précis où la greffe judéo-chrétienne s'insère dans la tradition hellénique.
(Extrait de la Préface de L'Esprit de la philosophie médiévale)  
Après avoir enseigné l'histoire de la philosophie à Lille et à Strasbourg, Etienne Gilson arrive à la Sorbonne en 1921 où vient enfin d'être créé un enseignement d'histoire de la philosophie médiévale. En 1923, il devient professeur au Collège de France, occupant la chaire d'Histoire de la philosophie jusqu'à sa retraite en 1951.